Le médecin

La mère du Professeur Cheng était capable de différencier les herbes médicinales. Quand le Professeur Cheng était jeune, il était souvent malade. Il accompagnait souvent sa mère pour cueillir des herbes; c’est ainsi que naquit en lui le désir d’utiliser le savoir médical et les plantes pour aider le monde. Le Professeur Cheng fit la rencontre de Sung You An de la province d’Anhui, dont la famille était célèbre depuis neuf générations comme praticiens en médecine.

Le Professeur Cheng, âgé alors de 25 ans, devint son disciple. En réalité, le Docteur Sung recherchait le Professeur Cheng.

Selon sa fille, l’histoire se déroula de la manière suivante :

« Le Docteur Sung avait plus de soixante-dix ans et avait pris sa retraite depuis longtemps. Ses quatre enfants étaient tous de célèbres médecins, mais leur père était toujours à la recherche de quelqu’un à qui enseigner tous les mystères de son savoir médical. De toute évidence, ses fils n’étaient pas entièrement capables de saisir tout ce qu’il savait. Le Docteur Sung rendait visite à un vieil ami à Shanghai lorsqu’il tomba par hasard sur une prescription du Professeur Cheng. Dès qu’il en eut achevé la lecture, le Docteur Sung, très impressionné, déclara à son ami qu’il souhaitait rencontrer l’auteur. Sans aucun doute, celui-ci devait être un médecin âgé et expérimenté, et le Docteur Sung voulait avoir l’opportunité de discuter médecine avec un homme pareil. Il serait plaisant, pour deux barbes blanches de médecine, de comparer leurs théories.

L’ami du Docteur Sung gloussa et lui dit que l’auteur de cette prescription n’était pas exactement ce qu’on peut appeler une « barbe blanche » mais qu’il était en fait un jeune professeur. Quand le Docteur Sung entendit que le Professeur Cheng était un jeune homme, il sentit un élan d’espoir : cet homme devait être l’étudiant à qui il pourrait transmettre son savoir. Mais lorsqu’il apprit que ce jeune homme était déjà un professeur, son espoir s’écroula. Comment pouvait-il présumer demander à un homme qui était déjà installé comme Professeur de devenir étudiant à nouveau ?

Le Docteur Sung retourna très déçu à Anhui. De temps à autres il refaisait le long voyage pour rendre visite à son vieil ami, espérant pouvoir, d’une manière ou d’une autre, rencontrer le Professeur Cheng. Et son ami, pendant ce temps, conseillait au Professeur Cheng d’aller étudier avec le vieux Docteur Sung. Mais le Professeur Cheng était tellement occupé à donner des cours et à administrer son université qu’il n’avait pas un moment de libre en dehors des jours fériés et des vacances d’été. Néanmoins, l’ami du Docteur Sung insista. Finalement, le Professeur Cheng décida de rendre visite au vieux Docteur. Ce dernier fut vraiment heureux d’enfin le rencontrer.

Le Professeur Cheng voulut le saluer comme il se doit (s’agenouiller et poser le front à terre trois fois) et accomplir la cérémonie formelle d’usage pour devenir élève, mais le vieux Docteur Sung déclara que ce n’était pas nécessaire. Il suggéra qu’ils se conforment à la tradition de « l’enseignement sans regard sur la différence d’âge ». Mais Cheng Man Ching insista sur la relation traditionnelle de maître à disciple, car, selon la tradition, seul l’étudiant qui était passé par la cérémonie formelle pouvait recevoir entièrement et librement tous les secrets du maître.

Les deux hommes étaient en conflit : le Professeur Cheng ne voulait pas étudier sans passer par la cérémonie, et le Docteur Sung ne voulait pas que le Professeur Cheng s’incline devant lui. L’histoire allait-elle s’arrêter là ? Se sépareraient-ils à cause de leur insistance mutuelle ?

C’est alors que le Docteur Sung trouva un moyen de satisfaire les deux parties. Il dit au Professeur Cheng : « Très bien, dans ce cas, veuillez vous prosternez devant mes ancêtres. » Il lui indiqua alors l’autel qui contenait les tablettes spirituelles de ses ancêtres, et c’est là que le Professeur Cheng fit la cérémonie. Juste après cela, le Docteur Sung sortit de sa retraite. Il accrocha le signe indiquant qu’il pratiquait à nouveau la médecine. Ceci permit au Professeur Cheng d’expérimenter en exclusivité la manière dont le vieux docteur traitait ses patients de A jusqu’à Z. Quand le Docteur Sung ne recevait personne, il indiquait au Professeur Cheng quels livres il devait lire et ce qu’il devait y chercher. »

L’intelligence du Professeur Cheng était au dessus de la moyenne, il écoutait son professeur nuit et jour lui parler du Tao de la médecine. C’est ainsi qu’il pénétra profondément les mystères merveilleux des prescriptions des grands médecins des dynasties Tang, Song, Yuan, Ming et Qing. De plus, il acheva avec brio et maîtrise ses propres études de gynécologie et d’obstétrique chinoises traditionnelles, de même que de médecine orthopédique.

La guerre sino-japonaise débuta en 1937. Le Professeur Cheng choisit parmi ses prescriptions spéciales celles qui seraient bénéfiques aux militaires et il les donna aux autorités afin que le gouvernement puisse préparer les remèdes et veiller à leur distribution.

Le Professeur accrocha le signe indiquant qu’il restait chez lui pour recevoir et soigner les patients. Sa renommée en tant que médecin se répandit très largement. Depuis 1928, lorsque Wang Ching Wei, Liu Jei Hen et d’autres firent plusieurs propositions pour supprimer la médecine et la pharmacopée traditionnelles chinoises, la lignée directe du Tao de la Médecine s’asséchait de jour en jour. Alors le Professeur Cheng, avec le Docteur Chin et d’autres amis du Tao de la Médecine fondèrent l’Association Nationale de Médecine Chinoise.

Cette association, pour la première fois dans l’histoire de la Chine, réussit à réunir tous les célèbres médecins chinois traditionnels du continent pour faire des recherches sur les « points » les meilleurs et les plus efficaces de la médecine chinoise et la pharmacopée. Résultat : la médecine chinoise grandit et s’étendit. Après la fondation de l’association, le Professeur Cheng en fut élu président.

En 1946, le Professeur Cheng prit position à l’Assemblée Nationale en faveur de la construction d’une constitution de la République de Chine. L’année suivante, il était élu Représentant de la communauté des docteurs de médecine chinoise, par cette assemblée.

L’année suivante, le Collège de Médecine Chinoise et de Pharmacopée était organisé, et le Docteur Chin, en tant que fondateur de l’école, demanda au Professeur Cheng d’être soit Directeur du conseil d’administration soit Président du Collège. Ceci apporterait du poids au collège. Le Professeur Cheng se montra poli mais ferme dans son refus : « position Ainsi, il déclina l’offre. Toutefois, lorsque par la suite l’école traversa une période difficile, le Professeur Cheng accourut et n’épargna aucun effort pour aider.