Le Tai Chi Chuan

Cheng Man Ching est né en 1901sous la dynastie Qing, dans la province de Zhejiang (Wenzhou), dix ans avant la création de la République de Chine. Son père décédé alors qu’il était encore un jeune enfant, c’est sa mère lui enseignera la poésie et la calligraphie. Il pouvait, semble-t-il, apprendre par cœur d’un seul coup d’œil. Mais lors de sa neuvième année, une brique tomba d’un mur endommagé, sous lequel il jouait, et lui percuta la tête. Il resta dans le coma pendant deux jours. Un professeur d’arts martiaux nommé Chou Min Chi partit dans les montagnes et ramassa des herbes qui guérirent l’enfant qui demeura cependant comme un légume et perdit sa prodigieuse mémoire.

À 10 ans, il étudia la peinture avec le Professeur Wang Hsian Chan. Il ne pouvait rien faire d’autre que se tenir debout près du professeur et broyer de l’encre continuant ainsi de se rétablir tout en regardant les peintures. Au bout de trois ans, il commença à aller un peu mieux. Le soir, il utilisait ce qui restait des petits emballages en papier des médicaments de sa grand-mère pour y peindre une fleur, une feuille, un insecte ou un oiseau.

Un jour, la femme de son professeur lui demanda de peindre une glycine. Ce qu’il fit avait la saveur de Yun Nan Tien et Huai Hsing Lo, deux peintres célèbres. Son professeur, ravi, surnomma le studio du Professeur Cheng : le Studio de la Glycine.

À partir de ce moment, Cheng Man Ching fit vivre sa famille grâce à ses peintures. Il avait 14 ans. Il recevait également de l’aide et des conseils de la part de sa tante Chang Kuang, qui était connue sous le nom de Hung Wei Lao Jen, dans l’art de peindre les contours. De temps à autres, il jouait avec son cousin qui lui bandait les yeux. Il tentait alors de peindre un bambou entier de plusieurs pieds de long avec la méthode du « contour ». Il y parvenait sans faire d’erreur, ni aux articulations, ni aux brindilles ni aux croisements des feuilles.

À18 ans, il alla à Pékin où il publia dans le journal des poèmes dans le style « Chang Ho » (un style de poésie où deux personnes prolongent ensemble un poème – la première personne écrit un vers et la seconde en écrit un autre qui rime avec le premier, malgré une différence dans le contenu ou la façon de penser) avec 2 poètes de ses amis. À Pékin, ils étaient assez célèbres pour leurs œuvres culturels). Grâce à cette association, le Professeur Cheng reçut une invitation de l’université de Yu Wen pour y enseigner la poésie. À 24 ans, l’Ecole d’Art Plastique de Shanghai lui demanda d’occuper le poste de directeur du département de peinture chinoise.

À 29 ans, avec Huan Ping Hung et d’autres, le Professeur Cheng créa le Collège de Culture et d’Art Chinois où il occupa le poste de vice-président. Il soulignait que la poésie, la littérature, la calligraphie et la peinture, comme la taille des sceaux (un art en lui-même) sont tous d’une importance égale.

À 30 ans, le Professeur Cheng cessa d’enseigner. Il voyagea à Yang Hu dans la province du Chiang Su et étudia avec le maître des classiques Chien Ming Shan. Il mit tout son cœur et tout son art à étudier les classiques et les sages, et pendant trois ans, sans interruption. C’est ainsi qu’il pénétra le Tao du Savoir. Grâce à ses efforts constants, sa poésie devint pure, limpide, forte et réelle, sans fioriture ni artifice. Sa calligraphie était pleine, unifiée, régulière et ferme. La force des attaques de son pinceau semblait traverser le papier. Sa peinture était simple et raffinée tout en étant ferme. L’encre paraissait maintenir sa fraîcheur et même l’eau semblait prendre corps. Il voulait éliminer la tendance moderne à la beauté superficielle et frivole.

Après s’être exilé à Taiwan en 1949 et avec des poètes phares comme Yu You Jen, Chen Han Kuan, Chang Chao Chin, Ma Shao Wen, Chang Ching Wei et d’autres, il fonda un cercle de poésie. Avec Ma Shou Hua, Tao Yun Lo, Chen Feng, Chang Ku Nien, Liu Yen Tao et Kao Yi Hung, il créa le « Groupe de Calligraphie et Peinture des Sept Amis ». Il faisait également partie des fondateurs de la Société des Beaux Arts de la République de Chine (Taiwan).

Le Professeur Cheng fut élu officier de cette Société et on lui demanda de participer à l’organisation d’une Exposition Nationale de Peinture et Calligraphie et d’en être l’un des juges. Il fut invité pour un poste de professeur à vie par le Collège de Culture Chinoise à enseigner dans ces matières : poésie, peinture et calligraphie dans le département des Beaux-arts de l’Université. Il fut également nommé Directeur des Beaux-arts de la branche américaine du Mouvement de la Renaissance Culturelle de la République de Chine.

Pendant 25 ans, il fit de nombreuses expositions et conférences chez lui et à l’étranger. L’une d’elles eut lieu à la Galerie Nationale Cernuschi à Paris, et une autre à l’exposition mondiale de New York en 1964. Les artistes occidentaux furent très impressionnés et lui exprimèrent tout leur respect, le reconnaissant comme un maître de la peinture à l’encre.